Accueil
Quinzaine internationale de la Montagne Noire 1936
5 au 19 avril 1936
 


Situation de l'aérodrome de la Montagne Noire [IGN - Géoportail]

Le 30 avril 1930, la Société Française de Vol à Voile [S.F.V.A.V.], société commerciale, est crée à Toulouse, par l'aviateur-constructeur Jean-René LAGASSE, qui, par l'intermédiaire de Mme de MANTHÉ, fille de Clément ADER, a pu convaincre le baron EMPAIN de commanditer l'affaire. En juillet de la même année, la SFVAV crée une école de pilotage de planeurs à Balma, près de Toulouse, l'École Lilienthal. Puis en septembre, le Centre Clément Ader est créé à Estantens, dans les collines dominant Muret et la plaine de la Garonne, au sud de Toulouse, afin que les membres de la Société puissent envisager de faire du vrai vol à voile. C'est de là que Jean GARRIGUE, sur un planeur Lagasse Eole, lancé au sandow, traversera pour la première fois la Garonne, allant se poser dans la plaine de Noé.

Mais la SFVAV, qui veut se consacrer au développement et à la construction de planeurs [Jean-René LAGASSE sera le concepteur des planeurs Eole, Sulky, R-4, R-9] , se désintéresse de l'école de pilotage ce qui conduira, en octobre 1931, à la fermeture de l'école de Balma.

Désireux de poursuivre leurs activités de pilotes, Jean THOMAS, Jean GARRIGUE et d'autres décident de créer un nouveau club de vol à voile : le "Club des Ailes" (en décembre 1931). En accord avec la SFVAV, ils reprennent les activités aériennes à Balma, avec quatre planeurs Eole. Ils testerons aussi le Sulky, nouveau planeur de Lagasse, sur la pente d'Estantens, Mais très vite, le besoin de disposer d'un terrain propice à des vols plus importants devient impératif.

Durant le printemps 1932, des prospections sont faites, par GARRIGUE, du côté des Pyrénées, et par Jean THOMAS, qui, lui, sillonne le Lauragais : et en mai, c'est la découverte de "la Montagne Noire", site situé au nord de Castelnaudary (Aude) et dominant Revel et le bassin de Saint-Ferréol.

6 juin 1932
Grand jour mémorable pour le "Club des Ailes" :C'est Jean THOMAS (président du club) qui a l'honneur de faire le tout premier vol sur ce site promis à un grand avenir. Il écrit :
" Je pris place le premier dans l'appareil, noblesse oblige, et lentement tendu par les boeufs, le sandow propulsa dans l'air calme pilote et machine. Je fis ce jour-là un magnifique vol plané de 6 minutes 15 secondes, avec atterrissage dans un jardin potager de Vaudreuille..."

Mars 1933
Création de la Fédération Française de Vol à Voile du Midi, "ayant pour but la défense des intérêts sportifs des clubs adhérents et le développement du vol sans moteur régional."
A la dissolution de la SFVAV (date ?), le hangar d'Estantens est racheté par Claude THOMAS, le père de Jean, et installé à la Montagne Noire.
Le club des Ailes dispose alors de trois planeurs Lagasse : Eole, Cruiser et Sulky.
Novembre 1933
Grâce aux efforts fournis par Thomas et Garrigue, le Centre Claude Thomas, consacré Centre Fédéral, est inauguré le 3 novembre 1933.
Les années suivantes, l'activité du centre régional sera intense, avec des hauts et des bas [grave accident de Thomas avec le C-34 Condor le 27 juin 1934, destruction du hangar "Claude Thomas" lors d'une tempête au printemps 1935] : entre le 22 juillet 1932 et le 31 juillet 1935, plus de 2000 lancers ont été effectués, record de distance de Jean Thomas le 4 juillet 1935, sur Avia 40P : 33 km 300 [précédent record homologué : Joseph THORET , 8 km 250, à Vauvlille en 1923 !]: Le 21 juillet, Thomas toujours réussit l'épreuve de durée du brevet D, tenant l'air 5 h 2 mn avec le Castel-30,

Le Centre a fait la preuve de son intérêt pour les vols de distance et de durée.
Pour donner une idée de son importance, signalons siplement qu'il dispose, début 1936, de 8 planeurs : un Avia XI-A, un Cruiser et un Sulky, un Avia XV-A, un Castel C-30, un Avia 32E et un Avia 40-P.
.
Le Club des Ailes et lala Fédération Française de Vol à Voile du Midi,, convaincus de la nécessité d'une bonne publicité de leur travail auprès du grand public, et surtout auprès des instances officielles nationales, décide d'organiser un grand concours : ce sera la "Quinzaine internationale de Pâques" de 1936 que nous allors découvrir à travers les articles de La Dépêche du Midi, grand quotidien régional.


Le hangar de la Montagne Noire - printemps 1936 [extrait vidéo]
La "Quinzaine" vue par La Dépêche du Midi
La Dépêche du Midi - 4 avril 1936
La quinzaine internationale de Pâques
Les épreuves internationales de durée et d'altitude pour les catégories d'entraînement et de performance s'ouvriront demain sur le plateau de la Montagne Noire

La beller silhouette, dans le ciel de la Montagne Noire, d'un planeur de performance [Avia 41-P]
Au sol l'Avia 15-A [Cliché La Dépêche]

"Le concours international de vol sans moteur organisé par la Fédération de vol à voile et d'aviation légère du Midi et le club « Les Ailes » de Toulouse se déroulera au centre régional de la Montagne Noire, près de Revel, du 5 au 19 avril (1936).
Placé sous le patronage du ministre de l'air et de la Fédération aéronautique de France, cette manifestation dont le succès et l'intérêt sont certains, groupera à la Montagne Noire les meilleurs pilotes nationaux et étrangers. On peut d'ores et déjà envisager des résultats sportifs de tout premier ordre.
En outre, si l'on en juge par le grand nombre de demandes de renseignements qui parviennent tous les jours aux organisateurs, le public ne restera pas étranger à ces épreuves et se rendra à la Montagne Noire pour connaitre la valeur du centre régional qui est tout désigné comme devant devenir un des plus importants de France et pour constater aussi les efforts de toute sorte qui ont été accomplis.

On assistera donc à de véritables performances sur des appareils de types très divers. Le comité d'organisation a pu, grâce aux bonnes volontés qui ont répondu à son appel, réaliser une organisation qui retient l'attention et élaborer un programme de vols où figurent des prix nombreux et importants en espèces et en nature qui viendront récompenser les meilleurs.
Ce programme comporte par jour (du 5 au 19 avril) sept prix, dont trois pour la catégorie entraînement (durée, altitude et un prix spécial pour planeur biplace) et quatre pour la catégorie performance (durée, distance, altitude et un prix spécial pour planeur biplace).
En fin de concours figurent également des prix de totalisation générale et des prix aux performances.
L e prix de 2.000 francs offert par le ministère de l'air est réservé pour le pilote qui aura effectué la meilleure performance d'altitude en monoplace. "


L'envol d'un appareil d'entraînement (Avia 15-A) [Cliché La Dépêche]

Les pilotes engagés

Voici, encore incomplète, la liste des pilotes engagés dans les différentes épreuves :
- Toulouse : MM. Thomas, Garrigues, Belou, Blaysat, Larroyenne
- Carcassonne : M. Messine
- C.A.U. Paris : MM. Malterre, Gasnier, Spire
- AVIA Paris : MM. Massenet, directeur général, Nessler, Cartier
- Rouen : MM. Beau, Denize
- Nancy : MM. Picoret, Dubs
- Marseille : M. Sardou
- Clermont-Ferrand : MM. Sauzet, Raymond, plus quatre pilotes dont MM. Jacob, Langlais, Dumas, Ollier
- Bordeaux : MM. Lagarde et Rigal
- Huesca (Espagne) : 3 pilotes
- Aéro-Club de Genève : 2 pilotes.

 
La Dépêche du Midi - 5 avril 1936
La quinzaine internationale de Pâques - Le règlement des épreuves

Trois des animateurs du vol sans moteur à Toulouse et dans le Sud-Ouest : en haut Jean THOMAS, président de la fédération de vol à voile du Midi
En bas à gauche : M. GARRIGUES, à droite : M. NOGUES [Cliché La Dépêche]

Ne sont admis à concourir que les pilotes amateurs français ou étrangers, faisant partie d'un groupement de vol à voile, possédant au moins le brevet B et ayant adressé leur demande d'inscription huit jours avant l'ouverture du concours.
Le droit d'inscription est fixé à 60 francs remboursables par appareil engagé et présent sur le terrain.
Les planeurs seront soumis à l'examen d'une commission technique désignée à cet effet.
Les planeurs de performance devront avoir effectué un vol d'une demi-heure minimum avant de pouvoir concourir. Ce vol peut être justifié par un certificat signé par le président du groupement intéressé.
Les planeurs d'entraînement devront avoir totalisé un quart d'heure de vol. Ne seront autorisés à participer au concours que les planeurs répondant aux conditions de sécurité exigées.

Les planeurs seront répartis en deux catégories : Entraînement et performance par la commission technique.
Les planeurs biplace seront admis dans leur catégorie respective et disputeront les prix spéciaux qui leur sont réservés.

Les départs seront effectués principalement au sandow.
La direction se réserve le droit d'ordonner les départs au treuil sur les pentes N.-O. et S.-E. lorsque les conditions atmosphériques l'exigeront.

Les différents prix seront attribués aux pilotes ayant totalisé, soit par jour, soit en fin de concours, le plus grand nombre de points.
Le pointage sera fait d'après le règlement suivant :
* Vols de durée
- De 5 minutes à 1 heure : 1/4 de point par minute ;
- De 1 heure à 5 heures : 1/2 point par minute ;
- De 5 à 7 heures : 1 point par minute ;
- De 7 à 10 heures : 2 points par minute ;
- Au-dessus de 10 heures : 3 points par minute.

* Vols de distance en ligne droite
- De 0 à 20 km : 1/2 point par kilomètre ;
- de 20 à 50 km : 1 point par km ;
- de 50 à 75 km : 2 points par km ;
- de 75 à 100 km : 3 points par km
- et au-dessus de 100 km : 5 points par km.

* Vol d'altitude
- De 0 à 100 m : 1/4 point par 10 mètres ;
- de 100 à 200 m : 1/2 point par 10 m ;
- de 200 à 500 m : 1 point par 10 m
- et au-dessus de 1.000 m : 3 points par 10 mètres.

Les planeurs d'entraînement ne seront pas admis à concourir pour les vols de distance en ligne droite.
Les prix seront affectés pour
- 1/3 de leur totalité aux prix du jour,
- 1/3 aux plus belles performances
- et 1/3 aux prix de totalisation générale.

* Prix du jour
- Catégorie entraînement : prix de durée, prix d'altitude, prix spécial pour planeur biplace.
- Catégorie performance : prix de durée, prix de distance, prix d'altitude, prix spécial pour planeur biplace.

* Prix de totalisation
- Catégorie entraînement : totalisation durée, totalisation départs, totalisation altitude.
- Catégorie performance : totalisation durée et totalisation distance (monoplace), totalisation durée (biplace).

Enfin le jury attribuera, après délibération, un « prix spécial » ou « coupe » au pilote ayant effectué la plus belle performance du concours, toutes catégories.

 
La Dépêche du Midi - 6 avril 1936
La quinzaine internationale de Pâques
- L'ouverture des épreuves sur le plateau de la Montagne Noire a soulevé le plus vif intérêt. Langlais, de l'Aéro-Club d'Auvergne, s'élève à 600 mètres d'altitude au-dessus du lac de Saint-Ferréol
 

Revel, 5 avril
La quinzaine internationale de Pâques connait donc, dès son ouverture, un réel succès qui peut faire augurer que de grandes performances vont se réaliser à la Montagne Noire.
Réjouissons-nous, car c'est la juste récompense qui échoit aux réalisateurs du vol sans moteur régional pour les efforts soutenus qu'ils ont déployés et les sacrifices consentis pendant de nombreuses années.

6 heures, après les ondées de la nuit, de légers nuages subsistent encore dans une crasse assez compacte couvrant les hauteurs 456, 487, 492, 566, aux abords immédiats des pistes de départ.
Vers 6 h 15, les voitures venant de Saint-Ferréol où séjournent les pilotes se présentent.
On reconnait au passage : MM. Jacob, Dumas, Raynaud, Pelleport, Hébrard, de l'Aéro-Club de Castres ; Thomas, Garrigues, Delon, Blaysat, Saint-Diz, Larroyenne, Agus, des Ailes de Toulouse ; Bouscatel, des Amis de l'aviation de Castelnaudary ; Castello, constructeur et conseiller technique des Ailes ; Abescat, Raynaud, Langlais, de l'Aéro-Club d'Auvergne.

Après une minutieuse mise au point des appareils, M. Langlais, de l'Aéro-Club d'Auvergne, effectue un magnifique vol avec son appareil Austria-II.
M. Langlois décolle à 10 h 25 et atterrit à 11 h 15 après 50 minutes de vol.
En même temps, MM. Bleyat, Larroyenne et Agnus, du Club des Ailes, procèdent à des vols d'entraînement sur un appareil 15-A, sur les hauteurs de La Bracadère.

Vers 11 h 30, un bruit assourdissant de moteur détourne l'attention et, à l'horizon, déjà éclairci, apparait la Société du Moto-Club toulousain conduite par son sympathique président, M. Delbreil.
Un repas froid servi par le réputé vatel de l'hôtel de la Plage Garrigues est rapidement pris et les hostilités vont se dérouler par un vent du nord assez faible cependant (3-4 mètres-seconde).


Le pilote GARRIGUES, à côté de son planeur 40-P, s'équipant avant l'envol [Cliché La Dépêche]

Langlois s'élève à 600 mètres d'altitude
A 13 h 59, Langlois pénètre dans la cabine de « l'Austria ». Sandow, 40 mètres de traction.
A 14 heures, l'appareil décolle, s'élève rapidement, décrit une courbe majestueuse et se dirige rapidement vers le lac de Saint-Ferréol d'où dans un rayon assez étroit, il prendra de l'ascendance ce qui lui permettra d'atteindre une altitude de 600 mètres.
Une foule nombreuse admire et applaudit l'exploit, le pilote, l'appareil à la ligne si fine et gracieuse.

Sept minutes se sont à peine écoulées, il est 1 h 7, le pilote Thomas, président des Ailes, occupe déjà la direction du biplace « Yanapour-II », dû au constructeur Castello. Cet appareil, d'une conception toute nouvelle vole pour la première fois et il fait sensation.
Son départ donne lieu à un enthousiasme marqué. Après avoir plané admirablement aux abords du hangar, il se dirige, lui aussi, vers les lacs où il évolue près de « l'Austria » son compagnon de croisière.

La foule admirative est à nouveau alertée par de nouvelles manoeuvres qui s'opèrent sur la piste de départ.
Enfin, un autre magnifique appareil, le « 40-P » se présente, le sympathique pilote Garrigues, des Ailes, prend place à bord. Il est 1 h 15. Décollage parfait, impressionnant, le « 40-P » file, lui aussi, vers les lacs.
Dès ce moment, on assiste à un spectacle impressionnant, vu pour la première fois à la Montagne Noire de trois appareils qui exécutent de véritables acrobaties poursuites, ascendance, descentes, survols.

A 15 h 20, est accueillie sur le terrain Mme Rulhe, la marraine du biplace « Yanapour-II ».
Les signaux permettent d'annoncer sa présence à M. Thomas qui, immédiatement, prend des mesures d'atterrissage afin de prendre à son bord Mme Rulhe pour un vol d'honneur. Le planeur atterrit près du hangar.
A 15 h 37, l'appareil est de nouveau en piste. Mme Rulhe prend place à bord. M. Thomas pilote l'appareil et, après un décollage merveilleux, un vol de 21 minutes s'effectue pour atterrir à 30 mètres du hangar.
Mme Rulhe est la première passagère ayant utilisé un appareil de performance en France.

A l'heure où nous téléphonons, à 18 h 30, MM. Langlois et Garrigues tiennent toujours l'air.

 
La Dépêche du Midi - 12 avril 1936
La quinzaine internationale de Pâques
- Nessler, sur son planeur de grande performance 41-P, vole à 1750 mètres d'altitude et bat le record de France.

NESSLER prend de la hauteur [Cliché La Dépêche]
Légende erronnée : le planeur est le Castel 24 que Nessler n'a pas utilisé

Dès 6 heures, par vent d'orientation nord de 5-6 mètres à la seconde, les voitures transportant les pilotes gravissent les pentes de la Montagne Noire donnant accès au hangar. Branlebas de combat. Les appareils sont sortis et les mécaniciens affairés procèdent à la dernière vérification.
Les commissaires officiels plombent les barographes, les pilotes endossent leurs vêtements spéciaux et se hâtent vers leur cabine munis de quelques fruits et à 8 h 7 Nessler quitte le sol. Il atterrit à 9 h 24 après un vol particulièrement dur et après avoir subi une violente bourrasque de pluie et volé pendant trente-cinq minutes dans une zone nuageuse interdisant toute visibilité.

A 8 h 9 Thomas et Blaysat, des Ailes, prennent place sur le biplace Castel 24 et reprennent le sol à 8 h 34 après avoir subi des circonstances atmosphériques analogues à celles essuyées par Nessler.
A 8 h 19, Langlais, sur Austria, s'envole à son tour et atterrit à 8 h 45. Mêmes conditions atmosphériques défavorables.

A 11 h 20, Garrigues, sur 40-P, s'envole et atterrit à 12 h 53 après une heure trente et une minute de vol.
A 11 h 34, Nessler sur 41-P est lancé à nouveau. Il évolue pendant une heure trente environ dans la région du bassin de Saint-Ferréol et se dirige vers l'horizon. A 16 h 10 il atterrit au col des Martyrs après avoir évolué sur la chaîne des montagnes et les forêts des Ramondens, La Loubatière et de Montaut, etc.
Le pilote Nessler a atteint une altitude de 1.750 mètres comme l'indique son barographe. Le record d'altitude de France est battu et soumis à l'homologation de l'Aéro-Club de France.

A 11 h 50, Langlois sur son planeur Austria décolle et pendant deux heures décrit de larges cercles sur Sorèze, le lac, Revel et le hangar.
Vers 14 heures, il disparaît et à 16 heures il atterrit aux Albines, route de Bédarieux, à 15 kilomètres après Mazamet et Saint-Amand-Soult.
L'altitude atteinte par ce pilote n'est pas encore connue.

A 12 h 53, Blaysat prend les commandes du 15-A pour tenter l'épreuve du brevet C. Il vole parfaitement au-dessus des pentes de Vaudreuil pendant sept minutes, mais son appareil d'entraînement, vaincu par des circonstances défavorables et subites atterrit sur les pentes nord du hangar.

A 15 h26, le pilote Garrigues s'envole et disparait après avoir décrit quelques courbes dans la zone du bassin de Sorèze.
A 16 h 18, il atterrit à Saint-Amans-Soult à trois kilomètres du pilote Langlois.

A 17 heures, Thomas qui avait été immobilisé depuis l'atterrissage du matin par une modification légère d'un organe essentiel de son appareil, prend place avec le pilote Belon dans la cabine du biplace Castel 24 et s'envole par un décollage de grande classe.
Une altitude importante couronne le départ de ce vol.

Au moment où nous téléphonons Thomas et Belon évoluent au loin et un vol de grande performance et de style se dessine.
A 18 heures les résultats de cette grande journée (13 h 42 de vol) sont la plus haute récompense que les organisateurs de la quinzaine pouvaient désirer.


Une escadrille de planeurs rangés devant le hangar sur la piste de départ [Cliché La Dépêche]
 
La Dépêche du Midi - 13 avril 1936
La quinzaine internationale de Pâques
- Une passionnante journée fertile en émotions sportives

Le planeur biplace Castel 24 sur la piste de départ [Cliché La Dépêche] - Fiche J2mcL-Planeurs

La Montagne Noire a vu aujourd'hui une des plus belles journées de sa manifestation de Pâques. Un vent du nord assez régulier de six à sept mètres seconde a favorisé les évolutions.

A 7 heures, les trois appareils qui avaient atterri hier au col des Martyrs, Saint-Amans-Soult et les Albines et dépannés au cours de la nuit, arrivent sur le terrain sauf la machine de Nessler qui n'arrivera qu'à midi.

A 8 h 56, M. Thomas, des Ailes, ouvre les hostilités et prend place sur le 40 P. Il atterrira à 14 h 38 après un vol de 5 h 42 minutes qu'il interrompt d'ailleurs pour se porter au secours d'un pilote qu'il avait vu en difficulté et venant d'effectuer un atterrissage qui aurait pu avoir des suites graves.

A 11 h32, le pilote Langlois utilise « l'Austria », un biplace, avec l'élève pilote Jacob a qui il donne un baptême de vingt et une minutes.
A 13 h 55 Langlois prend place à bord de « l'Austria » avec Mme NEssler. Quarante minutes après Langlois se disposant à atterrir éprouve des difficultés. Un remous l'oblige à effectuer un atterrissage par vent arrière. Il passe sur le plateau du hangar à une vitesse vertigineuse et s'engage dans un ravin profond boisé où sa belle machine subit de graves dégâts. Langlois et sa vaillante passagère sont indemnes et nous nous en réjouissons en même temps que nous éprouvons le plus vif regret d'être privés dans les épreuves qui vont suivre d'un pilote de grande classe. Nous sommes persuadés cependant que « l'Austria » reviendra sous peu à la Montagne Noire avec son brillant pilote.

A 14 h22, Nessler arrive vers midi et demi a fini de mettre sa machine au point. Il s'envole et reprend le sol quinze minutes après ayant vu lui aussi un de ses camarades en difficulté d'atterrissage.
A 15 h 20, Nessler en un vol de grande classe évoluera majestueusement avec le 41 P dans le secteur de Vaudreuille, le bassin, Revel, Sorèze, Les Cammazes. La grande foule qui déjà emplit le terrain admire longtemps la qualité de son vol. Il atterrit 2 h 47 m. après son départ.

A 15 h 32, Garrigues prend place dans le 40 P pour exécuter un vol de démonstration de 48 minutes.

A 16 h 28, Spire, président du Club Olympique de Billancourt, le remplace à la conduite du 40 P. Vol de style à signaler exécuté avec maîtrise. Atterrissage parfait à 16 h 55.

Pendant ce temps, Than donne des baptêmes de l'air sur le biplace Castel 24 (qui varient de six à dix minutes) aux élèves de la Fédération de vol à voile du Midi. Prennent successivement place aux commandes arrières, Laroyenne, Agnus, des Ailes ; Bouscarel, des Amis de l'aviation de Castelnaudary ; Belfort, de l'Aéro-Club de Castres.

Brillante journée dont le tableau présente 12 h 42 de vol. Belle chambrée.
De nombreuses voitures venues de tous les points des départements limitrophes ont utilisé le parc réservé à cet effet.
La quinzaine reprendra toute son activité demain lundi à la première heure. Espérons que les circonstances atmosphériques la favoriseront comme aujourd'hui. La chambre de commerce de la Haute-Garonne avait délégué un représentant.
Etaient présents sur le terrain : M. Guiraud, de Mazamet ; MM. Spire frères , de Bordeaux et de Billancourt ; M. Bonnet, ingénieur à Bordeaux ; M. de Bataille et Mme, de Castelnaudary ; M. Cartier, ingénieur de l'AVIA ; Mme Nessler, femme de l'as de vol à voile bien connu ; M. Duprat, de Bordeaux, etc.


Eric NESSLER [1898-1976]
La Dépêche du Midi - 14 avril 1936
Quinzaine internationale de Pâques
- De notre envoyé spécial
 

Revel, 13 avril
Circonstances atmosphériques nettement défavorables ; le vent marin va assumer le commandement de la journée en adversaires irréductible et vainqueur acharné. La station météorologique de Francazal, consultée, donne peu d'espoir en ce qui concerne les prévisions de l'après-midi.

A partir de 10 heures, voitures et visiteurs se hâtent et occupent les abords du hangar. Les Aéro-Clubs de Montauban, Castres, Castelnaudary, Albi, abondamment représentés, prennent contact avec le bureau régissant la quinzaine.
Un beau soleil éclaire la Montagne, la plaine et l'horizon sur un secteur de 60 kilomètres en avant du hangar. Le coup d'oeil est féérique.
Mais... pas de vols aujourd'hui ! Le comité d'organisation prie les spectateurs de vouloir bien noter qu'en vol à voile, seuls les éléments l'emportent sur les meilleures et les plus tenaces volontés, et de ne pas garder rigueur si le programme qu'il avait prévu et désiré présenter n'a pu s'exécuter.

Informés des conditions défavorables, les pilotes se reposent des fatigues de samedi et d'hier à l'hôtel de la plage, au bassin Saint-Ferréol.
Une communication téléphonique fait connaître que Mme Nessler et M. Langlois, accidentés au cours de la journée d'hier, sont en parfaite santé et à l'abri de toute complication.

10 h 30 : trois voitures à l'horizon : quelques minutes après, MM. Thomas, Belon Blaysat et Mme Larroyenne et Mme Agnus, des Ailes, débouchent dans la cour du hangar. Quelques minutes après, arrivent, sur trois voitures, Nessler et Mme, Garrigue, Langlois, Jacob, Hébrard, etc.

Pendant ce temps, une équipe des Ailes de Toulouse, procède au dépannage d'un appareil 15 A, laissé en fin de journée du 12 sur les pentes Cappelé-Lafage. Le treuil Sacconey D.C.A., avec ses 8 kilomètres de câbles, installés sur la côte dominant la Bracadelle et mis à la disposition de la Fédération par le ministre de l'air, se charge de cette opération en ramenant facilement l'appareil au plateau 436, à 50 mètres du hangar.

La foule, les voitures, affluent toujours. Quel regret d'être soumis à des circonstances atmosphériques aussi vigoureuses et défavorables.

Les personnalités dont la présence est reconnue : Mme la vicomtesse et M. le vicomte de Barbot, M. le colonel Renaut et Mme, le capitaine d'artillerie Pelegry et Mme, M. Maurice Tissié et Mme, M. Vialle, d'Albi ; Pacou, Carcenac, Poujol ; le pilote Rul, de l'Aéro-Club de Béziers ; les institutions d'enseignement de Sorèze, Revel, Castelnaudary, Albi, Toulouse ; M. Maury, d'Albi, ancien élève le l'école de Balma, etc, etc.
P. G.

 
La Dépêche du Midi - 15 avril 1936
Quinzaine internationale de la Montagne Noire
- Nessler a tenu l'air pendant plus de 9 heures

Ce matin, à 6 heures, vent léger de 4 à 5 mètres à la seconde, mais bien orienté. Thomas, Spire, Nessler, Belon, Saint-Dizier, etc, arpentent le terrain, tandis que l'équipe de mécaniciens et de spécialistes vérifient les engins aux abords des pistes d'envol.

Les Ailes de Toulouse, avec un bel esprit sportif, mettent à la disposition de Langlois l'appareil de performance 40 P, pour remplacer l'appareil accidenté hier. Le président de l'Aéro-Club d'Auvergne téléphonait à 16 h 30 ses remerciements pour cette généreuse décision qui permettait à Langlois de poursuivre les épreuves de la quinzaine internationale de Pâques.

A 10 h 10, Nessler quitte le sol, s'élève rapidement, pique vers le bassin Saint-Ferréol, où il évolue jusqu'à 12 h 30, pour disparaître ensuite dans la direction de la forêt de Monteau, Mazamet, Lacabarède, Labastide-Rouairoux.
Vers 13 h, une communication de Saint-Amans-Soult signale Nessler passant rapidement au-dessus de la bourguade, à 850 mètres d'altitude, et volant en direction nord-est-est.

A 10 h 35, Langlais prend place à bord du 40 P, effectuant un vol de 2 h 20 et cède ensuite sa place au pilote Spire qui va tenter un vol de durée. Malheureusement Langlois connait encore des difficultés d'atterrissage et le 40-P doit réintégrer le hangar pour subir une remise en état indispensable.
Le 40-P, livré aux spécialistes, pourra être remis en piste dès la fin de la journée de demain.

A 12 h 30, Thomas recommence la série des baptêmes, interrompue dimanche, avec le Castel 24. Delon prend place aux commandes arrières.
Nous assisterons, jusqu'à la nuit, à une série de vols ininterrompus, avec ce magnifique biplace.

A l'heure où nous téléphonons, Nessler tient toujours l'air, mais on ignore sa zone actuelle de vol. Les équipes de dépannage, en éveil, attendront encore la nuit prochaine la communication téléphonique qui les alertera pour le dépannage.


Jean THOMAS [1907- 1992]
La Dépêche du Midi - 16 avril 1936
Quinzaine internationale de la Montagne Noire
- Nessler apparaît dès maintenant comme le grand vainqueur des épreuves

Un vent marin de 70 kilomètres à l'heure a soufflé par rafales très fortes toute la nuit. A une heure du matin, une équipe alertée se tient aux abords du hangar dont les portes, préalablement reliées par des chaînes, semblent devoir céder sous la pression des éléments. Vers 4 heures, une légère accalmie permet de considérer que la journée offrira peu de possibilités de vol.

Vers 10 heures, les nuages estompent les hauteurs de la Montagne Noire et, en quelques minutes, un changement subit se produit. Le vent favorable au vol sans moteur a pris possession du secteur ; un vent nord en direction de Saint-Félix.

Onze heures, Nessler, qui a dépanné au cours de la nuit dans la régin de Rieuvaissière, Rouairoux, Forêt de Noré, Bois de Vaissière, arrive sur le terrain avec son 41-P à remorque. Rapidement l'appareil est remonté ; une dernière vérification et, sans s'alimenter, Nessler, qui veut profiter des circonstances favorables, quitte le sol à 12 h 55. Jusqu'à 14 heures, il exploitera quelques zones thermiques aux environs du bassin de Saint-Ferréol, engagera des combats avec un nuage qui le transportera à 700 mètres d'altitude, pour se lancer à fond dans un autre qui lui fera prendre une altitude encore supérieure.
A 14 h 15, le 41-P apparaît très loin et très haut comme un petit point noir. Il disparaît à l'horizon et on peut discerner au moyen de jumelles qu'il fait le cap, avec axe de direction générale, la région de Bédarieux.

Pendant ce temps, le 40-P subit la dernière réparation. Le spécialiste Raynaud, depuis la première heure du jour à la tâche, assure que la machine sera sur la piste de départ demain jeudi, à 6 heures.
Spire, Langlois, Delon explorent la montagne en séances d'étude du terrain et de versants en vue d'aboutir à l'ouverture de nouvelles pistes de départ qui permettront de dédaigner l'autorité actuelle du vent marin et de vaincre sa souvenraineté.

Thomas, Garrigues, Saint-Dizier, Agnus, Larroyenne, Blaysat retenus à Toulouse pour des questions inhérentes à la quinzaine, avertis des circonstances favorables, sont en route pour la Montagne Noire.
Dans quelques instants, le biplace Castel-24 sillonnera le ciel sur la ligne Sorrèze, le Bassin, Castelnaudary, Ladecède et la côte d'Enduret.

A 15 heures, un grain d'une rare violence qui s'est déchaîné en vingt secondes, a déversé sur le hangar et ses abords une violente pluie où la grêle domine. Il fait froid. En même temps, de la fenêtre du bureau du hangar on aperçoit, inondée de soleil, dans un décor de féérie, la plaine de Vaudreuille, Dreuil, jusqu'au contrefort de Saint-Félix et ses hauteurs.

A 15 h 30, le soleil reparaît sur le terrain du centre et, en quelques minutes, le sol est de nouveau sec. La température est redevenue idéale, mais le vent est tombé de cinq mètres à un mètre-seconde.

Le téléphoniste est toujours à son poste attendant des nouvelles de Nessler. A 16 heures, son appareil est signalé à 60 kilomètres, volant à une très haute altitude dans la région de Soulages-Corniou, en direction gémérale de Bédarieux.


Les équipages devant le planeur Castel 24. On reconnait dans le groupe les pilotes THOMAS, président des Ailes ;
NOGUES, secrétaire de la fédération de vol à voile du Midi ; BELOU, LANGLAIS, de Clermnt-Ferrand
SAINT-DIZIER et SPIRE, de Paris ; RAYNAUD, JACOB et RAYMOND [Cliché G. Vié]
 
La Dépêche du Midi - 17 avril 1936
Quinzaine internationale de la Montagne Noire
- Des rafales de neige ont interrompu les épreuves

La pluie qui n'a cessé de tomber abondamment toute la nuit a cédé ce matin la place à des rafales de neige et un froid glacial s'empare de la montagne. Les pilotes, assurés d'une journée défavorable, se reposent à l'hôtel, à Saint-Ferréol.

Vers 16 heures, Nessler, qui a été dépanné au cours de la nuit dernière près de Saint-Pons, arrive avec son appareil en remorque, suivi peu après par Langlois, son équipe et Agnus, des Ailes. Spire, de l'Olympique de Billancourt, marcheur infatigable, gravit la montagne à pied et arrive peu après. M. Madru, opérateur de Paramount, est présent au camp depuis hier.

A 16 he. 30, une communication téléphonique annonce aux organisateurs que M. Bonnier, chef de cabinet du ministre de l'air, arrivera à la Montagne Noire dans la journée du 17 avril par l'avion d' »Air Bleu », à l'aérodrome de Francazal. Il sera reçu par le président de la Fédération de vol à voile du Midi.

Les prix des épreuves
- Coupe de la Montagne Noire, offerte par « La Dépêche », attribuée aux pilotes ayant accompli pendant le concours le plus grand vol de distance en groupe de trois appareils minimum. L'atterrissage de ces planeurs devra s'effectuer au même endroit et dans un cercle ne dépassant pas 2.000 mètres de diamètre. Cette coupe est remise en compétition chaque année à la Montagne Noire et ne sera attribuée que si la distance de l'année précédente a été dépassée.

- Coupe Mme Rulhe : cette coupe sera attribuée au pilote ayant réalisé la plus grande distance par un planeur biplace avec passager.
- Un objet d'art offert par la ville de Revel à la meilleure performance de durée par biplace.
- Prix du Syndicat d'initiative de Revel : 200 francs à la meilleure performance d'altitude en monoplace.
- Prix Paul Barrot : 250 francs à la meilleure performance de distance en monoplace.
* Prix de totalisation générale :
- Prix Thomas : 200 francs à la meilleure totalisation de durée en catégorie entraînement.
- Prix Rulhe : 200 francs à la meilleure totalisation de durée en catégorie de performance.
- Prix Garrigue : 200 francs à la meilleure totalisation de durée en catégorie performance.
- Prix Amilhau et Péridié : 200 francs à la meilleure totalisation d'altitude en catégorie performance.
* Prix du jour :
- Prix Massenet : 100 francs au meilleur vol en monoplace durée et altitude (le 19 avril)
- Prix Douladoure : 100 francs au meilleur vol en biplace durée et altitude (le 19 avril).

En dehors des coupes et prix en espèces, cinq épreuves par jour seront récompensées par des prix en nature dus à la générosité de donateurs qui ont réservé leur concours à cette manifestation.


Avia 41-P au décollage [L'Aérophile, avril 1937] - Fiche J2mcL-Planeurs
 
La Dépêche du Midi -21 avril 1936
Quinzaine internationale de la Montagne Noire
-

La quinzaine internationale organisée par la Fédération de vol à voile du Midi et le Club des Ailes de Toulouse vient de se clôturer après avoir connu le plus vif succès. Si la dernière journée ne lui a pas réservé des circonstances atmosphériques favorables, la foule n'avait pas hésité cependant à se rendre au terrain d'évolution.
Dès 8 heures, les voitures se pressent et la piste sèche balayée par un vent marin qui n'a pas cessé de souffler toute la nuit, rend l'accès du terrain très facile.
La Fédération de vol à voile du Midi au complet, les pilotes Nessler, Langlois et leur équipe sont présents, regrettant que cette dernière journée ne permette pas de terminer cette quinzaine en beauté et de montrer aux visiteurs la gamme spectaculaire qui avait été envisagée la veille après une journée particulièrement favorable permettant une durée de 9 heures de vol.

A midi, le terrain est parsemé de voitures venues de tous les coins des six départements limitrophes. Le vent marin continue à sévir. Cependant, la température est tolérable et favorise une installation au dehors qui permettra de se restaurer à midi.
Un vin d'honneur, servi au hangar, réunit les organisateurs, pilotes, équipes et personnalités de la « Quinzaine », au cours duquel sont distribués des prix en argent et en nature.

La distribution des prix
Voici l'attribution des prix aux performances :
Monoplace
- Durée (200 francs), M. Thomas - Distance (200 francs), M. Nessler
- Altitudr (2.000 francs) M. Nessler (attribué par le ministre de l'air)
Biplace
- Durée (coupe Mme Rulhe), M. Langlais, de Clermont-Ferrand
- Distance (coupe de la ville de Revel), M. Thomas
- Altitude (200 francs), M. Thomas.

Le prix d'entraînement de 200 francs, non attribué, reste bloqué, jusqu'à la compétition de 1937, dans les caisses de la Banque nationale pour le commerce et l'industrie à Toulouse.

La coupe « Montagne Noire » offerte par La Dépêche, gagnée par les Ailes de Toulouse, l'Aéro-Club d'Auvergne et l'AVIA de Paris, est confiée à la garde des Ailes de Toulouse, qui la conservera jusqu'à la manifestation de 1937 en voie d'organisation.

A 15 heures, le terrain est entièrement occupé par les visiteurs et le comité d'organisation, désireux de donner une nouvelle preuve de reconnaissance, ordonne l'ouverture des portes sud du hangar et la visite des machines sous la conduite des techniciens de vol sans moteur de la « Quinzaine ».

On note la présence de l'officier d'ordonnance du général commandant la 17e région, M. Dora, directeur des services Air-Bleu ; Mme Rulhe, M. et Mme Paul Barrot, M. Armengaud et Mme, de Graulhet ; M. Bonhomme, de la 101e base, Francazal.

A 18 heurs, Nessler, Langlais et leurs équipes ferment leur remorque. Ils vont transporter, sur leur base respective, les magnifiques machines qui ont forcé l'admiration des foules. Le comité d'organisation remercie tous ceux qui, par leur présence, ont réservé à la « Quinzaine » de Pâques un encouragement qu'il serait superflu de discuter, et les assure de son plus grand et ferme désir de procéder à une organisation spéciale immédiate qui permettra de mieux les accueillir ultérieurement sur ce site particulièrement favorisé de la Montagne Noire.


Robert Kronfeld aux commandes de son Austria II, qu'il vendra à l'Aéro-Club d'Auvergne (?) après une tournée en France - Fiche J2mcL-Planeurs
 
Les comptes-rendus des Ailes
 
Les Ailes - n° 773, 09 avril 1936
Le vol sans moteur - En un jour, 11 h 15 de vol à la Montagne Noire

Il est bien regrettable que la Fédération de Vol à Voile du Midi n'ait pas fait un plus grand effort de publicité en faveur de sa Quinzaine Internationale de Pâques. Après nous avoir annoncé cette initiative au cours de l'hiver dernier, la Fédération a fait, depuis, le silence sur ce projet et beaucoup de ceux qui auraient aimé participer à cette Quinzaine déploreront, avec nous, d'avoir été aussi mal informés.
Que la Fédération de Vol à Voile du Midi ne se formalise pas de nours voir exprimer franchement cette opinion. C'est la preuve que nous nous intéressons à son initiative et que nous aurions voulu, pour celle-ci, un plus grand retensissement.

Cela dit, signalons que cette Quinzaine se situe au Centre de la Montagne Noire, près de Revel, et que, commencée dimanche dernier 5 avril, elle se poursuivra jusqu'au 19 avril inclus.
Les résultats de la première journée sont pleins de promesses : 11 heures 15 minutes de vol ont été totalisés dans la seule journée de dimanche. Langlais, sur planeur « Austria », a tenu l'air 5 h. 40 ; Garrigue, sur un « 40-P », a volé 4 h. 24. Thomas, procédant aux essais du planeur biplace « Castel-24 », a évolué pendant 1 h. 07.
Enfin, en altitude, l'as de la journée fut encore Langlais qui atteignit 600 mètres au-dessus de son point de départ.

Pour le début de la Quinzaine, ces résultats sont très beaux ; ils viennent justifier l'heureuse initiative de la Fédération de Vol à Voile du Midi et du club « Les Ailes de Toulouse ». Ils nous font espérer, pour les jours prochains, d'autres brillants succès.


Le biplace Castel-24 "Yanapour 2" testé par Jean Thomas durant la Quinzaine[3] - Fiche J2mcL-Planeurs
 
Les Ailes - n° 774, 16 avril 1936
A la Montagne Noire, Nessler, Langlais, Garrigue totalisent les exploits

Nous avions rapporté, la semaine dernière, les premiers résultats obtenus par les pilotes de vol sans moteur à la Quinzaine de Pâques organisée sur l'excellent terrain de la Montagne Noire par la Fédération de Vol à Voile du Midi.
Dès le premier jour, le dimanche 5 (avril), un total de 11 h. 15 de vol à voile fut enregistré. C'était là un très beau début.
Pendant la semaine, aucun fait notable à signaler si ce n'est des vols d'étude de Langlais et de Nessler.
Les samedi 11 fut une journée bien employée. Le matin, plafond bas et vent N.-O. de 4 à 5 mètres. De bonne heure, les différentes équipes se rendent au hangar.
A 8 h 15 Thomas et Blayzat prennent le départ sur le biplace Castel 24 et se posent après 36 minutes d'un vol calme et sûr.
A 8 h 25, Langlais s'envole sur l'Austria, pour un vol de pente. Le planeur monte très haut avec aisance.
A 11 h. 22, Garrigue part sur le 40-P pour un vol de 1 h.31.
A 11 h. 34, Nessler décolle sur le 41-P. Le soleil s'est montré, la température s'élève légèrement au sol. Nessler croise sur des cumulus qui, peu à peu, dans l'après-midi, prendront un aspect mamelonné.
A 11 h.50, Langlais est lancé à nouveau sur l'Austria. A ce moment le 40-P de Garrigue, le 41-P de Nessler et l'Austria de Langlais volent de conserve à 400 ou 500 mètres au-dessus des têtes des spectateurs, maintenant nombreux, dans ce curieux silence qui rend le vol des planeurs si impressionnant. Par moment, on voit les pilotes s'éloigner vers le lac de Saint-Ferréol ; on les perd de vue ; puis ils reviennent, explorant tous les environs, essayant chaque virage, chaque ascendance de vallée. Les buses, les faucons et les éperviers les accompagnent un bout de chemin, puis reviennent à leurs terrains de chasse.

Vers 14 heures, on remarque que le 41-P s'élève peu à peu à des altitudes impressionnantes. Par la suite, on apprendra qu'il a atteint 1.750 mètres, ce qui constitue le nouveau record de France ; Nessler atterrit vers 16 heures au col des Martisses.
Pendant ce temps, à 15 heures, on annonce l'atterrissage de Langlais à Albine, au delà de Mazamet, à 45 km du point de départ.
A 15 h. 25, Garrigue reprend le départ sur 40-P et bientôt on le voit disparaître dans la même direction ; il atterrit après avoir franchi 40 km.
Dans cette journée, 14 heurtes 42 minutes de vol furent totalisées.
Le dimanche 12 avril, on signale 12 heures de vol, dont 5 h. 42 par Thomas ; le mardi 14, Nessler monte à 850 mètres, Langlais à 650 et Nessler part pour un vol de distance.

Ce qu'il est particulièrement intéressant de constater, c'est que de beaux vols thermiques de distance ont été réalisés par quatre pilotes différents. Nous sommes heureux de complimenter leurs auteurs et aussi la Fédération de Vol à Voile du Midi qui, par sa ténacité, a réussi à mettre pleinement en lumière les qualités aérologiques de son terrain de la Montagne Noire, certainement le meilleur terrain de performance dont dispose le vol à voile français.


Avia 40-P n° 19 [Musée de l'Air et de l'Espace, Le Bourget] - Fiche J2mcL-Planeurs
Les Ailes - n° 775, 23 avril 1936
Encore un vol de 70 km de Nessler à la Montagne Noire

La quinzaine internationale de Pâques, qui s'est déroulée avec le succès que l'on connaît au terrain de la Montagne Noire, près de Toulouse, a remporté un succès mérité. Aux précédentes performances, ajoutons un vol de 3 heures de Nessler, effectué le mercredi 15 ; au cours de ce voyage de 70 km., qui se termine à Soulanges, à l'extrémité de la Montagne Noire, au fond de la vallée de Mazamet, Nessler atteignit l'altitude de 1.300 mètres.

La première conclusion que nous pouvons tirer de cette manifestation, organisée par la Fédération de Vol à Voile du Midi, c'est que le terrain de la Montagne Noire permet de faire de très belles performances ; il est tout à fait comparable au massif de la Rhoen et très supérieur à la Banne d'Ordanche.
En outre, plus méridional que celui-ci, il fabrique plus d'ascendances thermiques, donc permet de la grande navigation sans moteur.
Enfin, l'ampleur et le développement du massif montagneux font de celui-ci un excellent tremplin de départ qui, par ses ascendances de pente, facilité la recherche et la découverte des ascendances thermiques dont l'utilisation constitue le grand art des pilotes de planeurs.

 
Les Ailes - n° 777, 07 mai 1936
A la Montagne Noire , au cours de la "Quinzaine", 51 heures de vol furent totalisées

La Fédération de Vol à Voile du Midi, qui a organisé la « Quinzaine » de la Montagne Noire, nous a communiqué les résultats techniques de cette manifestation.
Ils consacrent définitivement la valeur de ce très remarquable terrain.

Du 5 au 19 avril, on a effectué à la Montagne Noire quarante et un vols, totalisant 51 heures 15.
Onze vols ont dépassé une heure : 1 h. 13, 1 h. 17, 1 h. 30, 1 h. 31, 2 h. 20, 2 h. 25, 2 h. 43, 2 h. 47, 4 h,, 4 h. 46, 5 h. 42.
Le lendemain de la clôture, le 20 avril, Nessler a fait encore mieux : il a volé 7 h. 30.

Les altitudes les plus élevées ont été, dans l'ordre : 200, 280, 350, 400, 500, 1.350 et 1.750 mètres.

Les vols de distance ont permis des atterrissages à 28, 36, 44, 50, 58, et 70 km du point de départ.

Parmi les personnalités qui ont assisté à la « Quinzaine », il faut citer tout particulièrement M. Claude Bonnier, directeur du Cabinet du Ministre de l'Air. Après avoir assisté, le 18 avril, à un très beau vol de Nessler, M. Bonnier s'est embarqué à bord du biplace « Castel 24 » et, piloté par Thomas, a volé pendant seize minutes sur le secteur La Bracadèle, Bassin de Saint-Ferréol, avec retour au point de départ.
A la suite des excellents résultats de la manifestation, MM. Thomas et Garrigue ont été convoqués à Paris par le Ministre de l'Air afin d'exposer à celui-ci leur plan d'aménagement du Centre Régional de la Montagne-Noire, qui mérite effectivement d'occuper la toute première place parmi les terrains français de vol sans moteur.
Les efforts réels et louables de la Fédération de Vol à Voile du Midi, la persévérance dont elle a fait preuve pour démonter la qualité de ce terrain, vont donc, il faut l'espérer, aboutir au classement et à l'aménagement définitif de la Montagne-Noire.

Les vols continuent...
Le dimanche qui a suivi la clôture de la « Quinzaine », le 26 avril, le Centre de la Montagne-Noire a repris son activité normale. Les élèves du Centre on effectué des vols de 15 à 18 minutes sur le biplace « Castel-24 ». Garrigue, sur un 40-P, a réalisé plusieurs vols, d'une durée totale de 1 h. 30. Agnus a passé avec succès le brevet B, mais, en raison de l'irrégularité du vent, Blaysat n'a pu réussir sa tentative pour le brevet C.

 
Sources documentaires

[1] La Dépêche du Midi, Gallica, BnF
[2] Les Ailes, Gallica, BnF
[3] Le vol à voile à la Montagne Noire, Roger ALBY, Cépadues Éditions 1988.
[4] Concours d'aviation sans moteur - Quinzaine de Pâques 1936, vidéo APPARRAT, 12 minutes


Page créée le 24/03/2025, dernière modification 31/03/2025
Des vieilles toiles aux planeurs modernes © ClaudeL 2003 -